Caution non rendue par le propriétaire après l'état des lieux : délais légaux et recours

L'état des lieux de sortie est signé, les clés sont rendues, et pourtant le dépôt de garantie ne revient pas. La loi encadre pourtant précisément les délais de restitution, les retenues autorisées et les pénalités en cas de retard, encore faut-il connaître la marche à suivre.

Signature d'un document de location sur une table, avec trousseau de clés et maquette de maison

L'essentiel en 5 points

  • Le propriétaire dispose d'un mois pour restituer le dépôt de garantie si l'état des lieux de sortie est conforme à celui d'entrée, et de deux mois si des dégradations sont constatées.
  • Le délai court à partir de la remise des clés, à condition d'avoir communiqué votre nouvelle adresse au bailleur.
  • Toute retenue doit être justifiée par des documents précis : devis, factures ou constat, jamais par une simple estimation verbale.
  • Chaque mois de retard entamé ouvre droit à une majoration de 10 % du loyer mensuel hors charges au profit du locataire.
  • En cas de blocage, la mise en demeure par courrier recommandé, puis la commission de conciliation ou le juge, permettent de récupérer les sommes dues sans avocat obligatoire.

Vous avez quitté votre logement, rendu les clés, signé l'état des lieux de sortie, et depuis, silence radio du propriétaire sur le dépôt de garantie. Cette situation, très fréquente, n'a pourtant rien d'une zone grise : la loi fixe des délais de restitution précis, limite strictement ce que le bailleur peut retenir, et prévoit même une pénalité automatique en cas de retard. Voici comment faire valoir vos droits, étape par étape, de la simple relance jusqu'au juge si nécessaire.

Ce que dit la loi : un mois ou deux selon l'état des lieux

Pour les locations à usage de résidence principale, la loi du 6 juillet 1989 encadre la restitution du dépôt de garantie, que l'on appelle couramment, et improprement, la « caution ». Le principe est simple : si l'état des lieux de sortie est conforme à l'état des lieux d'entrée, le propriétaire dispose d'un mois maximum pour restituer l'intégralité de la somme. Si des différences sont constatées entre les deux documents, le délai passe à deux mois, le temps pour le bailleur de chiffrer les réparations qu'il entend imputer au locataire.

Ce point mérite d'être souligné : le délai de deux mois ne s'applique pas automatiquement. Il suppose que l'état des lieux de sortie mentionne réellement des dégradations absentes à l'entrée. Un logement rendu propre et en bon état, avec un état des lieux de sortie sans réserve, déclenche le délai court d'un mois, et le propriétaire ne peut pas l'allonger de sa propre initiative.

Délais de restitution du dépôt de garantie selon la situation
Situation à la sortieDélai maximal de restitution
État des lieux de sortie conforme à l'état des lieux d'entrée1 mois à compter de la remise des clés
Dégradations ou différences constatées entre les deux états des lieux2 mois à compter de la remise des clés
Logement situé dans une copropriété (charges non encore arrêtées)Retenue provisoire possible jusqu'à 20 % en attendant l'arrêté annuel des comptes
Absence d'état des lieux de sortieLe locataire est présumé avoir rendu le logement en bon état : restitution intégrale due

Le point de départ du délai : la remise des clés et votre nouvelle adresse

Le délai de restitution court à partir du jour où vous rendez les clés, en main propre ou par courrier recommandé, et non à partir de la date de fin de bail ni de la signature de l'état des lieux. Un détail pratique change toutefois beaucoup de choses : le locataire doit indiquer au bailleur sa nouvelle adresse. Sans elle, le propriétaire peut arguer qu'il ne savait pas où envoyer le chèque, et la pénalité de retard ne s'applique pas.

Ce que le propriétaire peut retenir, et ce qu'il ne peut pas

Le dépôt de garantie n'est pas une somme dont le bailleur dispose librement : il ne peut y prélever que des sommes justifiées. Chaque retenue doit s'appuyer sur un document précis, remis au locataire : devis ou facture pour des réparations, décompte de charges, constat d'huissier ou comparaison ligne à ligne des deux états des lieux.

  • Retenues possibles : loyers ou charges impayés, dégradations imputables au locataire constatées à la sortie, frais de remise en état chiffrés par devis ou facture.
  • Retenues interdites : l'usure normale du logement (peintures ternies par le temps, moquette vieillie, joints fatigués), les travaux de rafraîchissement que tout logement nécessite entre deux locataires, ou un forfait « ménage » non justifié.
  • Retenues contestables : des montants ronds sans devis, des travaux facturés au prix du neuf sans tenir compte de la vétusté, ou des dégradations non mentionnées dans l'état des lieux de sortie.

La distinction entre dégradation et vétusté est au cœur de la plupart des litiges. La vétusté, c'est l'usure naturelle liée au temps et à un usage normal : elle reste à la charge du propriétaire. Une moquette posée dix ans plus tôt ou une peinture d'origine ne peuvent pas être refacturées au locataire comme si elles étaient neuves. Les parties peuvent d'ailleurs s'appuyer sur une grille de vétusté annexée au bail, qui prévoit un abattement par année d'usage. À noter également : si le logement a subi un sinistre pendant la location, comme une fuite venue d'un voisin, la remise en état relève de l'assurance et non du dépôt de garantie, notre article sur le dégât des eaux refusé par l'assurance habitation détaille ce cas de figure.

Le cas particulier de la copropriété : la retenue provisoire de 20 %

Lorsque le logement se situe dans un immeuble en copropriété, le bailleur peut conserver une provision limitée à 20 % du dépôt de garantie jusqu'à l'arrêté annuel des comptes de l'immeuble, afin de couvrir une éventuelle régularisation de charges. Les 80 % restants doivent, eux, être restitués dans les délais normaux. Une fois les comptes de la copropriété approuvés, le solde doit vous être reversé dans le mois qui suit, déduction faite des seules charges réellement dues. Un propriétaire qui bloque la totalité du dépôt « en attendant les charges » outrepasse donc ce que la loi lui permet.

Retard de restitution : la pénalité de 10 % par mois

C'est la disposition la plus méconnue, et la plus dissuasive. Lorsque le dépôt de garantie n'est pas restitué dans le délai légal, le solde dû au locataire est majoré d'une somme égale à 10 % du loyer mensuel hors charges pour chaque mois de retard commencé. Un mois entamé compte en entier : quinze jours de retard valent déjà une majoration pleine. Cette pénalité s'ajoute au dépôt lui-même et peut être réclamée dans la mise en demeure, puis devant le juge. Seule condition : avoir bien communiqué votre nouvelle adresse au bailleur.

1 à 2 mois
délai légal maximal de restitution après la remise des clés
10 %
du loyer mensuel hors charges, dus au locataire par mois de retard entamé
3 ans
délai dont dispose le locataire pour agir en justice et réclamer les sommes dues

Réclamer votre dépôt de garantie : la démarche étape par étape

  1. Relancer d'abord à l'amiable
    Un message écrit ou un appel rappelant la date de remise des clés et le délai légal suffit parfois : certains retards relèvent de la négligence plus que de la mauvaise foi. Gardez une trace écrite de cette relance.
  2. Envoyer une mise en demeure en recommandé
    Passé le délai légal, adressez un courrier recommandé avec accusé de réception : rappelez les dates (remise des clés, nouvelle adresse communiquée), le montant dû, la majoration de 10 % par mois de retard, et fixez un ultime délai de règlement, généralement de huit à quinze jours.
  3. Saisir la commission départementale de conciliation
    Gratuite et sans avocat, elle réunit bailleur et locataire pour trouver un accord. La saisine se fait par simple courrier ou formulaire, avec copie des pièces (bail, états des lieux, mise en demeure). Beaucoup de litiges se règlent à ce stade.
  4. Saisir le juge des contentieux de la protection
    En dernier recours, le juge du tribunal dont dépend le logement peut être saisi sans avocat pour ce type de litige. Joignez toutes vos preuves : le juge condamne le bailleur à restituer le dépôt, la majoration de retard, et parfois des dommages et intérêts.

Conciliation ou action en justice : que choisir en cas de blocage

ACommission départementale de conciliation

  • Gratuite, rapide à saisir, sans avocat ni formalisme lourd.
  • Préserve le dialogue : utile quand le bailleur est de bonne foi mais conteste un montant.
  • L'accord trouvé est signé par les deux parties ; en cas d'échec, la voie judiciaire reste ouverte.

BJuge des contentieux de la protection

  • Indispensable face à un bailleur silencieux ou de mauvaise foi malgré la mise en demeure.
  • Permet d'obtenir un jugement exécutoire : dépôt, pénalités de retard et éventuels dommages et intérêts.
  • Procédure accessible sans avocat, mais plus longue : comptez plusieurs mois selon les tribunaux.

Combien de temps avez-vous pour agir

Les actions liées au bail d'habitation se prescrivent par trois ans. Concrètement, vous pouvez réclamer votre dépôt de garantie, et les majorations de retard accumulées, pendant trois ans à compter du jour où il aurait dû vous être restitué. Il n'y a donc aucune urgence paniquante, mais aucun intérêt à attendre non plus : plus la réclamation est proche des faits, plus les preuves sont fraîches et la pénalité facile à calculer. La même logique en deux temps, d'abord amiable puis contentieuse, vaut d'ailleurs pour la plupart des litiges du logement, comme le montre notre article sur les recours face à un voisin bruyant malgré les avertissements.

Un dépôt de garantie n'est ni un acompte sur travaux ni une réserve de trésorerie pour le bailleur : c'est l'argent du locataire, restituable dans un délai fixé par la loi, retenu seulement sur justificatifs.Principe posé par la loi du 6 juillet 1989 sur les rapports locatifs

En pratique : votre plan d'action pour récupérer la somme

Commencez par dater précisément la remise des clés et vérifiez que votre nouvelle adresse a bien été transmise : ces deux éléments déterminent tout le reste. Comparez ensuite les retenues annoncées aux justificatifs réellement fournis, sans devis ni facture, une retenue ne tient pas. Passé le délai légal, ne restez pas dans l'attente : une mise en demeure en recommandé, mentionnant la majoration de 10 % par mois de retard, débloque une grande partie des situations à elle seule. Et si le silence persiste, la conciliation puis le juge sont des recours accessibles, gratuits ou peu coûteux, que les locataires gagnent très régulièrement lorsqu'ils ont conservé leurs preuves : bail, états des lieux, courriers et relevés.

Questions fréquentes

On répond à vos questions

Le propriétaire peut-il garder la caution pour refaire les peintures ?

Seulement si les peintures ont été dégradées au-delà de l'usure normale et que l'état des lieux de sortie le mentionne, justificatifs à l'appui. Des peintures simplement ternies ou défraîchies par le temps relèvent de la vétusté, qui reste à la charge du bailleur et ne peut pas être retenue sur le dépôt de garantie.

Quel est le délai exact pour rendre un dépôt de garantie après un état des lieux conforme ?

Un mois maximum à compter de la remise des clés lorsque l'état des lieux de sortie est conforme à celui d'entrée. Le délai passe à deux mois uniquement si des dégradations ou différences ont été constatées entre les deux documents.

Que faire si le propriétaire ne répond ni aux relances ni au courrier recommandé ?

Saisissez la commission départementale de conciliation, gratuite et sans avocat, puis, en cas d'échec ou de silence persistant, le juge des contentieux de la protection du tribunal dont dépend le logement. Le jugement peut ordonner la restitution du dépôt, la pénalité de retard et des dommages et intérêts.

La majoration de 10 % par mois de retard s'applique-t-elle automatiquement ?

Elle est due de plein droit dès qu'un mois de retard est entamé, à condition que vous ayez communiqué votre nouvelle adresse au bailleur. En pratique, il faut la réclamer expressément dans la mise en demeure, puis devant le juge si le bailleur refuse de la payer spontanément.

Le propriétaire peut-il retenir la caution en attendant la régularisation des charges de copropriété ?

Il peut conserver au maximum 20 % du dépôt de garantie jusqu'à l'arrêté annuel des comptes de la copropriété, mais doit restituer les 80 % restants dans le délai légal. Bloquer la totalité du dépôt pour ce motif est irrégulier.

Une retenue est-elle valable sans facture ni devis ?

Non. Toute somme retenue sur le dépôt de garantie doit être justifiée par un document : devis, facture, décompte de charges ou comparaison des états des lieux. Une estimation verbale ou un montant forfaitaire sans pièce ne vous est pas opposable et peut être contesté.

Publié le 9 août 2026 · par La rédaction CDA